Frédéric Hartog

 

Une chasse
plutôt furtive !

 

La chasse à l’arc vient tout juste de se terminer. Laissant derrière nous la patience et le silence de nos flèches, nous nous tournons maintenant vers un autre type de chasse où l’action se révèle par le son des détonations que nous produisons à répétition. Au beau milieu du premier tiers d’octobre, où le rush de chasse nous dicte avec palpitation la marche à suivre, un appel téléphonique fort attendu nous promet une chasse inconnue pour nos armes qui en ont pourtant vu plus d’une.

C’est avec impatience que nous partons à la rencontre de Fred Hartog, guide et passionné de chasse au canard de mer. Inutile de le dire une fois de plus, mais une autre folle aventure nous attend et nous sommes tous prêts à relever le défi. En cette belle après-midi colorée du 10 octobre, nous quittons la grande région de Québec pour franchir les quelques 400 km qui nous séparent des portes de la splendide Gaspésie. La route s’effectue relativement bien malgré la multitude de travaux que subit présentement l’autoroute 20, constamment en train de se refaire une beauté.
   

 

 

 

De ravissants paysages, une discussion animée et un flamboyant coucher de soleil pour clore ce chemin miné par la tonne de projets évoquée lors de notre discours. Une dernière lecture des indications et nous arrivons enfin à destination où notre guide nous attend pour souper. Au menu, de goûteuses jeunes oies fraîchement récoltées au petit matin.

Quoi de mieux qu’une bonne petite bouteille de vin pour agrémenter le souper et les discussions liées au planning du lendemain ? Un bon appétit pour la récolte d’aujourd’hui et un toujours plus grandissant pour celle de demain.

L’heure fut légèrement tardive pour le coucher, car nous devons faire face à un lever là où pour certains la nuit peut sembler presque jeune.

 

 




 

 

 

 

 


 

 

Une nuit à rêver à ce qui nous attend au réveil ne fait qu’accélérer le processus que nous nommons communément sommeil. Debout à 3h30, nous nous empressons de déjeuner, bien que légèrement, vu l’heure qui n’est pas la plus garante d’appétit.

Quelques rôties, un bon café chaud, un saut dans notre habit camo et nous revoilà sur la route. Nous suivons Fred armé de son zodiac furtif, direction mise à l’eau. Il nous a préalablement expliqué que ce matin la mise à l’eau sera différente à cause de la marée basse, ce qui facilitera du même coup notre retour une fois l’eau revenue à hauteur maximum. Fred largue les amarres, pendant que nous nous affairons à compléter notre arsenal audio-visuel et « besticido-tactique ».

 




 

 

 


 

 






 


 

 

Une petite demi-heure à voguer, et on arrive au « spot ». Fred nous explique la particularité de ce secteur qui, bordé par plusieurs longs rochers, nous permet d’être protégés des plus grosses vagues de la mer qui se fait parfois intraitable. On donne un coup de main afin de placer stratégiquement les appelants, qui porteront probablement le blâme du carnage qui sévira dans les heures à suivre. Plus que quelques minutes avant l’heure légale de mise à feu qui se situe aujourd’hui à 6h13.




 

 


 

 


   

 

     

 


   

 

     

 

 

 

Les cartouches sont chambrées, notre index droit est réchauffé, le cran de sûreté est sensible et le guidon ne demande qu’à être regardé. Une fois de plus, le mot énervement n’est pas assez précis pour décrire l’état d’âme dans lequel nous nous trouvons. J’ai même l’impression que mon corps est « turbo-réacté » tellement j’ai de la misère à tenir en place.

«Ça commence
à voler !
Ça commence à voler ! »,


s’empresse de lancer notre guide tout aussi prêt à faire feu que nous.

 

 

 


 

 

 


   

 

     

Il brandit agilement son drapeau afin de faire dévier la trajectoire des canards qui volent trop loin de notre mise en scène. Même avant de canarder, on perçoit rapidement ce que Fred nous expliquait plus tôt : ces canards volent très vite, mais on a l’impression que non car ils sont de taille légèrement plus imposante que la majorité des canards d’eau douce.

Enfin le son des détonations se fait entendre, quel bruit réconfortant ! Cela peut peut-être sembler barbare, mais pour moi et mes compatriotes, cela est tout à fait jouissif, et j’en suis tout aussi fier. Les billes d’acier sont projetées à maintes et maintes reprises, les oiseaux perdent quelques plumes et frappent de plein fouet la surface liquide qui les a vu grandir.

 

 


   

 

     

 




 

 


 

 


   

 

     

Chacun notre tour, arme en main, nous surveillons le périmètre en quête de cibles possibles. Un des attraits dans ce type de chasse est justement le fait qu’elle s’effectue sur 360°, nous donnant quasiment de la misère à choisir où tirer tellement les canards affluent de partout. À chaque échantillon de quota prélevé, nous nous empressons de faire la cueillette afin de nous remettre le plus rapidement à l’affût face à de nouveaux tirs.

Paradoxalement, le bateau se remplit rapidement de douilles et de canards. Nous sommes très heureux de notre récolte, mais tout aussi tristes de voir que l’action s’évapore tout aussi rapidement. Moins de quarante-cinq minutes plus tard, nous voilà déjà avec notre quota d’oiseaux et il nous faut malheureusement regagner la rive en prenant soin de rembarquer l’escadron de la mort que constituent nos lignées d’appelants.

 

 

 


   

 

     

 


   

 

     

 

 

 


   

 

     

Un superbe tableau de chasse constitué de canards de mer plutôt diversifié, une récolte bien différente de nos chasses à la sauvagine antérieures. Le souffle coupé par la rapidité de cette chasse, nous nous rendons à la maison afin d’arranger nos prises. Le sourire collé au visage, on peut dire une fois de plus : mission accomplie !

Le retour se fait dans le calme, quelques arrêts d’aisance dont un afin de faire un échange de viande au beau milieu de l’autoroute, avec un ami tout aussi heureux que nous, que nous saluons chaleureusement. Une fois de plus, notre désir se résume à l’espoir de recroiser le fer avec ce gibier plus que respectable et spectaculaire qu’est le canard de mer.

 

 


   

 

     

 




 


 

 

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