La psychologie au service de la chasse
Pour une grande majorité de chasseurs, la chasse au chevreuil a pris un nouveau sens avec l’utilisation d’une technique relativement ordinaire qui, année après année, a fait ses preuves. Ainsi cette technique très simpliste au fond, consiste à trouver un endroit en forêt ou aux abords d’un champ, de faire une saline au printemps et d’y positionner un mirador qui surplombe le tout. Dès le début de septembre, il suffit d’appâter le chevreuil avec des pommes ou des carottes, de sorte qu’il mange à sa faim et ce jusqu’à l’ouverture de la chasse. Il y a même des chasseurs qui vont jusqu’à avancer l’hypothèse que plus les bêtes auront de nourriture, plus les chances de succès du chasseur seront au rendez-vous. Le nourrissage des chevreuils est une technique qui a fait ses preuves pour cette chasse, mais bien souvent cela comporte également son lot d’inconvénients; comme celui où les intéressés prennent l’habitude de venir se nourrir de nuit. Pour palier à ce genre de problème et pour maximiser l’utilisation de la technique dont on parle, voici une approche qui puise sa philosophie dans les expérimentations d’un physiologiste Russe du nom d’Ivan Petrovitch Pavlov, réalisées au cours des années1890. À l’aide de ces expériences nous verrons comment augmenter réellement nos chances de succès lorsqu’on appâte nos chevreuils. Mais d’abord, plongeons dans l’histoire et faisons un bref survol des recherches de Pavlov.
Au cours des années 1890, Ivan Pavlov réalisa plusieurs expériences sur la fonction gastrique des chiens en recueillant, grâce à une fistule, les sécrétions d’une glande salivaire, pour mesurer et analyser la salive produite par les chiens, dans différentes conditions en réponse aux aliments. Ayant remarqué que les chiens avaient tendance à saliver avant d’entrer réellement en contact avec les aliments, il décida d’investiguer plus en détails cette situation. Il s’aperçut que ce phénomène était présent lorsque ses chiens entendaient les pas des chercheurs qui venaient les nourrir. Il a donc orienté ses recherches en ce sens et se mit à recueillir leur salive à cet instant. Il s’avéra que ce phénomène était plus intéressant que la simple chimie de la salive, et ceci le conduisit à modifier ses objectifs de recherches : dans une longue série d’expériences, il variait les stimuli survenant avant la présentation des aliments. C’est ainsi qu’il découvrit les lois fondamentales de l’acquisition et la perte des réflexes conditionnels, c’est-à-dire les réponses réflexes; comme la salivation, qui se produisait de façon conditionnelle dans des conditions expérimentales spécifiques chez l’animal. Pavlov faisait entendre une sonnette avant d’aller nourrir ses chiens. Il répétait l’expérience à tous les jours, à la même heure pendant un temps donné. Graduellement il découvrit que les chiens se mettaient à saliver aussitôt qu’ils entendaient la sonnette et même sans la vue des aliments. C’est ainsi que le conditionnement classique est né et grâce à cette découverte Pavlov fut reconnu comme étant l’un des fondateurs de la psychologie moderne.
Si l’on revient à nos chevreuils, la technique est simple, il s’agit de reproduire l’expérience de Pavlov lorsqu’on va nourrir ceux-ci. Beaucoup d’entre vous le font peut-être déjà inconsciemment. Il suffit au fond de garder les mêmes habitudes. On a qu’à prendre l’exemple d’un de mes amis qui va nourrir ses chevreuils en VTT. Simplement il part de chez lui et va jusqu’à son secteur de chasse pour y déposer la nourriture et il revient de la même façon. L’erreur à ne pas commettre est de changer ses habitudes une fois la période de chasse venue. Il m’a confié que durant la chasse il n’allait plus jusqu’à son site d’appâtage en VTT pour ne pas déranger les chevreuils qui vont se nourrir. Malheur à lui au fond.
Tout dépendant depuis combien du temps vous nourrissez vos bêtes, il est à noter que pour cette expérience, il importe de prendre en considération les habitudes développées au cours du nourrissage. Ainsi plus ça fait longtemps que vous répétez le même rituel lorsque vous allez porter de la nourriture, plus vous avez habitué vos chevreuils à une certaine démarche particulière qui est associée à la longue à de la nourriture. De cette manière, vouloir arrêter d’aller à son secteur de chasse en VTT sous prétexte de ne pas vouloir effrayer les chevreuils qui s’y trouvent, produira possiblement l’effet contraire, puisqu’ils auront été habitués à associer le bruit du VTT. à l’arrivée de la bouffe. Donc ne modifiez pas vos habitudes, surtout si vous les répétez depuis longtemps. Comme mon ami, plutôt que d’arrêter d’aller à sa cache en VTT. pour y porter des pommes, au moment de l’ouverture, faites-vous plutôt reconduire, si c’est possible, par quelqu’un d’autre à votre mirador.
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Une fois les offrandes déposées, dites au conducteur de repartir d’où il vient. Il faut garder à l’esprit que si le chevreuil vous a entendu arriver, il s’est habitué à vous entendre repartir avant d’aller manger, il est donc important de garder les mêmes habitudes pour que votre chevreuil garde les siennes.
Il peut être fascinant de tenter l’expérience du conditionnement classique de Pavlov. Pour ce faire, il n’est quand même pas nécessaire de posséder un VTT, et à vrai dire, n’importe quelle technique peut être utilisée pour renforcir un comportement. Le but de nourrir les chevreuils est qu’ils développent l’habitude de venir dans notre secteur pour s’alimenter. L’expérience de Pavlov est de conditionner les chevreuils à associer un stimulus, en l’occurrence un bruit, à de la bouffe. Ainsi pour de meilleurs résultats, débutez l’expérimentation le plus tôt possible, pour que les chevreuils prennent le temps de bien se conditionner à vos actes. La marche à suivre est très simple, à chaque fois que vous irez porter de la nourriture, allez-y de la même façon et à la même heure. Déposez vos offrandes toujours au même endroit en utilisant toujours la même sorte de nourriture, que ce soit des pommes, des carottes, de la moulée ou les trois en même temps. Une fois les offrandes mises en place, faites un bruit représentatif d’une bonne résonance qui sort de l’ordinaire, par exemple le bruit d’une sonnette, d’une cloche ou d’un sifflet. Il est important que le bruit soit fort et sorte de l’ordinaire pour que celui-ci pique la curiosité des chevreuils qui errent dans le secteur et que ceux-ci viennent voir ce qui se trame dans le coin. Répétez toujours le même rituel à la même fréquence en prenant bien soin de prendre les mêmes habitudes. Plus vous serez méthodique dans votre expérimentation, meilleur seront vos résultats de chasse. Vous verrez à la longue, les chevreuils développeront le « réflexe conditionnel » et associeront le bruit que vous avez choisi avec l’arrivée de la nourriture, il ne vous restera simplement qu’à être aux aguets, en silence, prêt à faire feu.
En terminant, pour avoir le plus de résultats possible il faut bien faire l’expérimentation et être le plus méthodique possible. Il faut quand même se rappeler qu’Yvan Pavlov effectuait ses expériences en laboratoire et les chiens qu’il nourrissait étaient en cage. Il lui était donc plus facile de contrôler tous les éléments de l’expérimentation.
Bien sûr vos chevreuils sont loin d’être en cage, mais il vous faut faire le même stimulus pour avoir le plus de succès possible. Et qui sait, vous allez peut-être voir les chevreuils saliver comme les chiens de Pavlov.
En terminant, rappelons que les travaux de Pavlov sur les réflexes conditionnels ont eu une grande influence non seulement sur la suite des expériences en science expérimentale dans l’étude des animaux, mais ses découvertes ont servi également dans le conditionnement des humains… On utilise souvent l’expression « chien de Pavlov » pour décrire quelqu’un qui réagit de façon instinctive, ou répétitive à une situation, plutôt que d’utiliser son esprit critique. Pour ceux qui sont sceptiques en lien avec les résultats de cette expérimentation, vous n’avez qu’à réfléchir à vos agissements lorsque vous entendez la sirène de la cantine ou que sonne midi. Sur ce, bonne expérimentation et surtout bonne chasse.
P.S. Pour ceux qui tenteront l’expérience, faites-nous savoir vos résultats, ainsi que votre méthodologie.
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